PASCAL HONORE

On dit figurément de celui qui a fait quelque ouvrage, quand il le présente, que ce sont les fruits de son jardin.

Les mots d'Antoine Furetière (1690) disent- en leur temps - ce qu'est l'œuvre de Pascal Honoré, aujourd'hui présentée. Ils sont doublement vrais, figurément, et au sens propre : dans cette belle ouvrage, le motif essentiel et vital, c'est le jardin, espace clos peuplé de fouillis végétaux.
Avant de donner au tableau la verticalité obligatoire du genre, Pascal Honoré le pose sur un plan horizontal et se penche sur lui. Tel le jardinier, il découpe ses carrés et ses rectangles comme on découpe les plates bandes du potager. En mosaïste et en carreleur, il dessine ses parallèles et ses croisillons. Ou encore, - terre natale oblige -, tel le viticulteur, il aligne ses rangs de vigne.


 

Sur cet à plat, désormais cadastré, le peintre superpose des papiers peuplés de formes stylisées. Fleurs et cailloux habitent désormais les parcellent. Sur le papier népalais, les arabesques de la plante enjambent la ligne droite du corbeau. Ainsi se penchent su votre lopin, au-delà de la barrière, les rameaux de vigne du voisin.
Le tout a la délicatesse et la fragilité de l'herbier, collection de fleurs et de feuilles communes et rustiques. Mais la variété des formes est infinie : dentelées, spiralées, retombantes, érectiles. Le sol est parsemé de bogues, crosses, coquilles, graines, épis, gaminés, racines et boutures.
Les plantes deviennent parfois alphabets, signes de signes. Des allées, des bordures, des liserés, suggèrent des lignes d'écritures, indéchiffrables certes, un peu passées, mais qui s'apparentent aux frises des enlumineurs médiévaux. Quelque chose d'une culture livresque parcourt l'œuvre, culture du livre-objet, aux mains de l'imprimeur et du relieur. Ce sont vraiment des pages, des folios, que ces feuillets disposés côte à côte. Certains ont la richesse artisanale des papiers moirés qui rappellent, entre couverture et page de garde, les vieux ouvrages.
Puis se confondent parterres fleuris et tissus soyeux. Le semis devient tenture, ou papier peint. Guirlandes, mouchetis, grillages, tiennent à la fois du tapis végétal et du tapis de haute lisse, confortable et chaleureux. Pavements de terre cuite vernissée, frises et sculptures orientales, chapiteaux romans où la feuille se mue en pierre en gardant sa finesse, sa fraîcheur et sa puissance décoratives, sont autant de réminiscences discrètes.
Du Grand siècle, Pascal Honoré n'hérite pas des jardins à la française, fort éloignés de sa propre vision botanique, mais plutôt de ces vanités, genre de nature morte évoquant les fins dernières de l'homme, qui ont inspiré des peintures du XVIIème siècle, comme antidotes à la gloriole et aux faux lustres du temps. Son travail rappelle la caducité des êtres et du monde. La contemplation des choses de la terre, la connivence avec le jardin, sont la revendication d'un droit au silence et au recueillement. S'il y a une éthique dans ce regard, c'est celle de l'esprit franciscain et des Béatitudes. Elle se fonde sur une intimité avec ce qui éclot, croît, se fane, retourne à l'humus bienfaisant. Entre éclosion et germination, la matière est indéfiniment mortelle et renaissante.
Les terroirs disparaissent, la terre s'appauvrit, les eux se troublent, et les enfants, si forts et si clairvoyants, sont des proies fragiles. En dépit du calme apparent de ses assemblages et de la modestie de ses sujets, l'œuvre de Pascal Honoré est un lieu de résistance tranquille.
La beauté de ces compositions naît ainsi d'une absence de dramatisation et de violence. Œuvre pudique, élégante et gracieuse comme peut l'être une femme.
Marthe Jovaille
 

Pascal Honoré
CV Pascal Honoré
 
     
 
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